10 août 2026

Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains : Éric Kuku Kiese plaide pour l’intégration de la loi n° 22-067 du 26 décembre 2022 dans les programmes universitaires

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Instituée par les Nations Unies, la Journée mondiale de lutte contre la traite des êtres humains est célébrée cette année sous le thème : « Pris au piège derrière l’arnaque ». Cette édition 2026 met en lumière les nouvelles méthodes utilisées par les réseaux criminels, notamment les escroqueries et les fraudes en ligne qui servent de portes d’entrée vers différentes formes d’exploitation. Elle vise également à sensibiliser les gouvernements et les populations aux dangers de la traite, tout en renforçant les mécanismes de protection des femmes, des hommes et des enfants contre le travail forcé, l’exploitation sexuelle et les autres formes d’asservissement.

En République démocratique du Congo, le Président de la République, à travers la Coordination en charge de la Jeunesse, Lutte contre les Violences faites aux Femmes et Traite des Personnes, poursuit des actions destinées à lutter contre ce phénomène criminel transnational.

Parmi les avancées majeures figure la promulgation de la loi n° 22-067 du 26 décembre 2022, modifiant et complétant le décret du 30 janvier 1940 portant Code pénal congolais en matière de prévention et de répression de la traite des personnes. Cette réforme consacre une définition plus large de la traite des êtres humains, identifie ses différentes formes et prévoit des sanctions pénales particulièrement sévères contre les auteurs.

Toutefois, malgré ce cadre juridique renforcé, la connaissance de cette législation demeure limitée, aussi bien chez certains acteurs de première ligne que dans la population. Cette méconnaissance entraîne souvent une mauvaise qualification des infractions et empêche de nombreuses victimes d’identifier les situations d’exploitation dont elles font l’objet.

« Cette loi doit être instaurée dans le programme de l’enseignement »

Pour Éric Kuku Kiese, la lutte contre la traite des personnes passe désormais par un important travail de formation.

« Lorsque la notion de la traite des personnes avait été prise en charge par le cabinet de Son Excellence Monsieur le Président de la République, il y avait un véritable élan. La sensibilisation était forte, la loi a été promulguée et plusieurs actions judiciaires ont été menées », rappelle-t-il.

Il cite notamment le cas d’un dossier traité par le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe :

« Au Tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe, des ressortissantes chinoises ont été condamnées pour proxénétisme et incitation à la débauche. Mais la problématique qui se pose aujourd’hui est celle de la qualification des infractions par les magistrats. »

Selon lui, l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi nécessite un important travail d’appropriation par les professionnels du droit.

« Quand une nouvelle loi est promulguée, les praticiens sont déjà habitués aux anciennes dispositions. Ce n’est pas toujours facile de s’adapter. C’est pourquoi cette loi doit être instaurée dans le programme de l’enseignement. Nos enfants doivent apprendre les notions de traite des personnes ainsi que celles de la cyberfraude. Une fois devenus avocats, magistrats ou défenseurs des droits humains, ils seront capables d’identifier rapidement les situations de traite. »

Mieux qualifier les infractions

Le Coordonnateur adjoint insiste sur la nécessité de distinguer les infractions classiques des faits constitutifs de traite des personnes.

« Si une personne est enlevée, cela constitue déjà une infraction. Mais lorsqu’elle est enlevée pour être vendue, exploitée ou pour obtenir une rançon, on est dans le champ de la traite des personnes. » À ses yeux, la sensibilisation doit viser simultanément la population et les professionnels de la chaîne pénale.

« Nous devons sensibiliser davantage la population afin qu’elle comprenne que certaines situations d’exploitation, qu’elle considère parfois comme normales, relèvent en réalité de la traite des personnes. En même temps, il faut renforcer la qualification juridique des infractions. »

Former les officiers de police judiciaire

Éric Kuku Kiese rappelle par ailleurs que la qualité des poursuites dépend largement du travail effectué dès les premières heures de l’enquête.

« La justice commence par la police. L’Officier de police judiciaire est le premier à intervenir sur la scène des faits. Or, la Police nationale est présente sur l’ensemble du territoire. Tous les OPJ doivent être sensibilisés à la traite des personnes, particulièrement dans les zones où ces crimes sont les plus fréquents. »

Il attire notamment l’attention sur les régions confrontées aux mariages forcés, à l’exploitation sexuelle et aux autres formes d’esclavage moderne : « Là où il y a des mariages forcés ou des formes d’esclavage sexuel, c’est dans ces endroits qu’il faut intensifier les actions de sensibilisation, particulièrement dans l’Est du pays. Ce sont des efforts que nous sommes en train de consentir. »

Selon lui, une meilleure formation des enquêteurs permettra une application plus efficace de la loi : « Si la police commence à qualifier correctement ces infractions avec un nombre croissant d’OPJ formés en matière de traite des personnes, je peux vous assurer que cette notion sera beaucoup mieux maîtrisée. »

 « La population doit maintenant comprendre qu’au-delà de l’escroquerie, des coups et blessures ou encore du proxénétisme, il existe d’autres formes d’infractions lorsque l’on exploite une personne », a-t-il renchéri.

Selon les statistiques des Nations Unies, 74 % des trafiquants d’êtres humains opèrent au sein des groupes criminels organisés. Les victimes originaires de l’Afrique constituaient, selon toujours l’ONU, le groupe le plus touché par la traite des êtres humains, représentant 31 % des flux transfrontaliers.

Joël Diawa

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