Cérémonie d’échange des vœux au ressort du Parquet Général de Kinshasa/Matete : le Procureur général Willy Ndjoko fixe le cap pour 2026, discipline et tolérance zéro contre la spoliation foncière
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Le Parquet Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete a organisé, ce mardi 03 mars 2026, la traditionnelle cérémonie d’échange des vœux. Mais au-delà du symbole, l’événement a revêtu un caractère stratégique majeur : l’ensemble des magistrats des parquets et offices du ressort se sont réunis autour de leur autorité hiérarchique, le Procureur général Willy Ndjoko Kesidi, dans une atmosphère marquée par la convivialité, la cohésion et un esprit collégial rarement observé à ce niveau.
Ce moment de communion institutionnelle a servi de tribune pour tracer les grandes lignes de l’action du ministère public pour l’exercice 2026. Deux axes fondamentaux ont structuré le discours du numéro un du ressort : la discipline des magistrats et la lutte accrue contre la spoliation immobilière.
Restaurer l’éthique et la dignité du magistrat
D’entrée de jeu, le Procureur général n’a pas éludé les critiques formulées par certains justiciables sur la manière dont la justice est rendue dans le ressort. Il a rappelé avec fermeté les prescrits de l’article 5 de la loi organique portant statut des magistrats, soulignant que tout magistrat prête serment de « respecter la Constitution et les lois de la République démocratique du Congo, et de remplir loyalement et fidèlement, avec honneur et dignité, les fonctions qui lui sont confiées ».
Citant également l’article 27 de la même loi, il a insisté : « Le magistrat sert l’État avec dignité et dévouement. Il veille à accomplir personnellement et consciencieusement les obligations qui, en raison de ses fonctions, lui sont imposées par les lois et règlements. »
Pour le Procureur général, ces dispositions ne sont pas de simples formules protocolaires, mais l’essence même de la mission judiciaire. Il a évoqué une « crise des valeurs morales » dénoncée par diverses analyses, rappelant que le Chef de l’État, magistrat suprême, a lui-même déclaré que « la justice congolaise est malade », identifiant la corruption comme l’un de ses maux les plus pernicieux.
Dans un ton à la fois pastoral et ferme, Willy Ndjoko a martelé : « Après avoir suffisamment utilisé la carotte, je n’hésiterai pas à utiliser le bâton chaque fois que les circonstances m’y contraindront. »
Exerçant la plénitude de l’action publique, il a annoncé qu’aucun manquement déontologique ne resterait sans suite. Toute violation des règles professionnelles donnera lieu à l’ouverture d’une action disciplinaire. Il a notamment rappelé que constituent des fautes disciplinaires : « le fait pour un magistrat de chercher directement d’entrer en contact avec les parties en cause avant son avis ou sa décision ; de procéder des arrestations et détentions arbitraires ; de ne pas informer l’inculpé ou le prévenu de ces droits conformément aux articles 17 et 18 de la Constitution ou de violer les termes de son serment » déclarant dans une envolée à forte charge symbolique: « Nous sommes des ministres de Dieu. Magistrats, ministres de Dieu. Nous exerçons un véritable sacerdoce au sens spirituel du terme. »
Une affirmation qui place la fonction judiciaire au-dessus d’un simple emploi administratif ; elle devient mission, engagement moral et responsabilité historique. Le magistrat, a-t-il rappelé, « n’a pas de vie privée » dès lors que son comportement, même en dehors de ses fonctions, peut affecter l’image et la crédibilité de la justice.
Tolérance zéro contre la spoliation immobilière
Le second pilier du discours a porté sur la recrudescence des infractions foncières et immobilières dans le ressort de Kinshasa/Matete. Le Procureur général a appelé à renforcer la recherche et la répression des infractions telles que le stellionat, les occupations illégales de terres et les spoliations d’immeubles.
Revenant sur sa mercuriale prononcée lors de la rentrée judiciaire 2025-2026, consacrée à « l’occupation illégale des terres entre droit formel et réalités sociales », il a dénoncé l’ampleur du phénomène communément appelé « Foliomen ». Ce fléau se caractérise par des pratiques de dépossession orchestrées par des individus identifiés ou non, souvent au détriment de paisibles citoyens et de successions familiales.
Le Procureur général en a rappelé les causes principales qui sont notamment, des ventes multiples par des cohéritiers, des ventes frauduleuses par des non-propriétaires, l’implication controversée de certains chefs coutumiers, les conflits de titres fonciers, l’exclusion des professionnels du droit lors des transactions, l’abus de pouvoir, la croissance démographique incontrôlée et absence de planification urbaine.
Ces facteurs combinés fragilisent la sécurité juridique et alimentent les tensions sociales. Or, a-t-il insisté, « la sécurité foncière constitue l’un des piliers de la stabilité économique et sociale ».
Il s’est réjoui de la réforme législative intervenue en 2025, qui a porté la peine applicable en matière de spoliation de deux à six mois de servitude pénale à cinq ans d’emprisonnement. Cette aggravation des sanctions traduit la volonté du législateur de traiter le phénomène avec la rigueur qu’il mérite.
« J’invite le ministère public à accompagner le législateur dans cette dynamique afin de décourager au maximum le phénomène Foliomen », a-t-il exhorté.
Redonner confiance en la justice
Au-delà des sanctions et des injonctions disciplinaires, le message du Procureur général s’inscrit dans une vision plus large, celle de restaurer la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire.
Dans un contexte où l’État de droit demeure un idéal en construction en République démocratique du Congo, l’efficacité et l’intégrité du ministère public sont déterminantes. La lutte contre la corruption interne et la répression des infractions foncières apparaissent ainsi comme deux leviers stratégiques pour consolider l’autorité de l’État.
La cérémonie s’est clôturée par la remise d’un cadeau symbolique au Procureur général par les Procureurs de la République, Chefs d’Offices et Parquets du ressort, témoignant de leur adhésion aux orientations fixées. Tous se sont dits déterminés à appliquer « sans désemparer » les directives du chef de ressort.
L’année judiciaire 2026 s’ouvre donc sous le signe de la rigueur, de la moralisation et de la fermeté pénale. À Kinshasa/Matete, le message est clair : discipline interne et tolérance zéro contre la spoliation foncière seront les maîtres-mots d’une justice appelée à se réinventer pour mieux servir la République.
Joël Diawa
