Contraception irréversible en RDC : l’avis écrit d’un psychiatre, un obstacle à élaguer de la loi du 13 décembre 2018 sur la santé publique
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L’article 81 de la loi du 13 décembre 2018 sur la santé publique fixe les conditions relatives au recours à la contraception irréversible pour toute personne en âge de procréer. Parmi ces conditions figurent notamment le consentement écrit de la personne concernée, après avis de trois médecins ainsi que celui d’un psychiatre. Selon l’esprit du législateur, ces exigences visent à garantir que la personne désireuse de recourir à cette méthode soit suffisamment informée afin de donner un consentement libre et éclairé.
Cependant, la réalité sur le terrain est tout autre, notamment lorsqu’il s’agit d’obtenir l’avis d’un psychiatre. La rareté de ces spécialistes constitue un obstacle à l’accès à cette méthode de contraception, estime le neuropsychiatre, Docteur Dumazedier Kabasele.
Selon lui, cette condition est difficile à réunir et ne facilite pas l’accès aux méthodes modernes de contraception irréversible, notamment la ligature des trompes chez les femmes et la vasectomie chez les hommes. L’accompagnement d’un professionnel de santé mentale demeure toutefois indispensable, souligne le spécialiste.
« Il est important que toute personne qui veut recourir à la contraception irréversible soit accompagnée avant de prendre cette décision majeure dans sa vie. Toute personne désireuse devrait donc être suffisamment éclairée sur les conséquences de sa décision et être prête à les assumer. Son consentement doit être éclairé, sa santé mentale doit être stable et non vulnérable, et elle ne doit subir aucune manipulation. Cette assistance est indispensable pour prévenir tout abus.»
Réagissant à l’exigence d’obtenir spécifiquement l’avis d’un psychiatre, le Docteur Dumazedier Kabasele estime que cette disposition est trop restrictive, compte tenu de la rareté et de l’indisponibilité de ces spécialistes dans plusieurs régions du pays.
«On ne doit pas toujours penser que seul le psychiatre a le monopole pour s’assurer qu’une personne est suffisamment éclairée ou qu’elle a donné son consentement. Si cette loi doit être révisée, il faudrait plutôt l’ouvrir aux psychiatres, aux neurologues et également aux psychologues. Chacun, selon sa formation, a la capacité d’aider à éclairer une personne qui souhaite recourir à la contraception irréversible. Nous n’avons pas suffisamment de psychiatres sur l’ensemble du territoire national et cette exigence constitue un obstacle à l’accès à ces services.»
Pour ce neuropsychiatre, ces différentes catégories de professionnels disposent, chacune dans son domaine de compétence, d’une formation leur permettant de contribuer à l’évaluation de la capacité d’une personne à prendre une décision libre et éclairée, notamment lorsqu’il existe une vulnérabilité psychologique ou mentale.
Il salue ainsi toute initiative visant à réexaminer cette disposition qu’il considère comme un frein à l’accessibilité de la contraception irréversible.
Il invite le porteur de ce plaidoyer auprès de l’Assemblée nationale à sensibiliser les élus nationaux sur les limites liées à l’exigence de l’avis exclusif d’un psychiatre, tout en mettant en avant l’intérêt d’élargir cette possibilité aux autres professionnels qualifiés, notamment les neurologues et les psychologues.
L’objectif, selon lui, devrait être de garantir à toute personne désireuse de recourir à une méthode de contraception irréversible un accompagnement professionnel adéquat, afin qu’elle puisse prendre sa décision en toute connaissance de cause, de manière libre et éclairée.
Chantal Kabasua.
