RDC : 58 ans après, quel Barreau voulons-nous léguer à la prochaine génération ? (Chronique de Merlin Kamalandua)
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Le 10 juillet 2026, le Barreau de la République Démocratique du Congo célèbre le 58ème anniversaire de son existence, une commémoration naquit à la suite de la création de cet Ordre des avocats en 1968. En cette journée nationale du Barreau, le Journal Télévisé des Droits Humains (JTDH), partenaire de la justice et témoin privilégié de son fonctionnement, émet une réflexion sur l’essor du Barreau tout en adressant ses sincères félicitations à l’ensemble des avocats de la République démocratique du Congo.
Notre hommage s’adresse particulièrement à toutes celles et tous ceux qui, dans la discrétion, honorent chaque jour leur serment par leur intégrité, leur compétence, leur indépendance et leur courage. Ils rappellent que la robe n’est pas un simple vêtement professionnel, mais le symbole de la dignité, de la liberté, de la défense des droits et de la primauté du droit.
«L’avocat prête le serment d’exercer sa profession avec ‘’dignité, conscience, indépendance, probité et humanité.’’ Ce serment ne constitue pas une simple formalité protocolaire ; il est la boussole de toute une carrière et le fondement même de la confiance que la société place en cette noble profession.
Mais une journée anniversaire n’est pas seulement une occasion de célébrer. C’est aussi un moment de vérité, d’introspection et d’examen de conscience.
Cinquante-huit ans après la création du Barreau congolais, une question essentielle s’impose : quel héritage laisserons-nous aux générations futures ?
Le Barreau congolais compte encore de nombreux avocats qui défendent leurs clients avec courage, compétence et loyauté devant les juridictions. À ceux-là, nous exprimons notre profonde reconnaissance.
Cependant, force est de constater que certaines dérives fragilisent progressivement l’image de la profession.
Le prétoire demeure le véritable champ de bataille de l’avocat. C’est devant le juge que le droit doit triompher par la force des arguments, et non dans les bureaux des chefs de juridictions ou auprès de la haute hiérarchie de la magistrature. L’avocat est appelé à convaincre par le droit, non par l’influence.
Il est dès lors préoccupant d’entendre apparaître, dans l’opinion, des expressions telles que « avocats près de la hiérarchie » ou « avocats près des Bâtonniers », comme si certains privilégiaient les réseaux d’influence plutôt que la défense judiciaire. L’avocat doit demeurer, avant tout, un avocat près la Cour, fidèle à son serment et à sa mission.
De la même manière, le Barreau ne grandira que si ses membres privilégient les débats d’idées, la critique constructive et la solidarité professionnelle plutôt que les querelles de personnes, les rivalités internes ou les louanges intéressées. Respecter son Bâtonnier est un devoir institutionnel ; renoncer à son indépendance d’esprit ne l’est pas. La fidélité à une personne ne peut jamais primer sur la fidélité au serment, à la déontologie et à la justice.
Une autre interrogation mérite d’être posée avec responsabilité.
Le Barreau a notamment pour mission de protéger ses membres, de défendre leur indépendance et de garantir leur sécurité dans l’exercice de leur profession. Pourtant, plusieurs avocats expriment aujourd’hui le sentiment d’être insuffisamment accompagnés lorsqu’ils sont confrontés à des difficultés de tout genre ou à des atteintes à leurs droits. Une institution forte se mesure aussi à sa capacité de protéger ceux qui la servent.
À 58 ans, le Barreau congolais ne peut plus se contenter de célébrer son passé. Il doit avoir le courage de reconnaître ses faiblesses afin de mieux les corriger. Le plus grand danger qui menace une profession n’est pas l’adversité extérieure, mais le renoncement silencieux à ses propres valeurs.
En cette journée symbolique, nous lançons un appel à un renouveau du Barreau congolais : un Barreau plus uni, plus indépendant, plus exigeant envers lui-même, plus protecteur envers ses membres et plus engagé dans la défense de l’État de droit.
Notre souhait est simple : ‘’que chaque avocat se regarde dans le miroir de son serment, que chaque Bâtonnier se regarde dans le miroir de sa mission, et que chaque Barreau se regarde dans le miroir de son histoire.’’
Nous saluons tous les avocats qui résistent aux pressions, refusent toute compromission, défendent leurs clients avec honneur et démontrent, chaque jour, que la justice ne se négocie pas.
L’avenir du Barreau ne dépend pas seulement de ses textes. Il dépend avant tout de la conscience de celles et ceux qui portent la robe.
Merlin Kamalandua
