25 juin 2026

Menaces, enlèvements et représailles : le cri d’alarme de la juge Elysée Kanjingamba, cible de son engagement contre les violences sexuelles en RDC

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Juge depuis plusieurs années, Elysée Kanjingamba est également membre active de plusieurs associations de défense des droits des femmes. Son expertise, son intégrité et son implication sur le terrain lui ont valu d’être repérée puis recrutée par le FONAREV (Fonds National pour la Réparation des Victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité en RDC). Elle y a été promue Responsable du service Accès au droit au sein de la Direction de l’aide et de l’accès à la justice.

Des missions sensibles dans des zones à haut risque

Dans le cadre de ses fonctions au FONAREV, Elysée Kanjingamba a conduit plusieurs missions dans des zones marquées par l’insécurité chronique dans la partie l’Est du pays notamment à Goma et Bukavu, des villes régulièrement endeuillées par les violences des groupes armés. Sur le terrain, elle a identifié et accompagné des victimes de viols utilisés comme armes de guerre, tout en documentant et dénonçant les auteurs dans des rapports circonstanciés transmis aux instances compétentes.

Or, les groupes armés impliqués dans ces crimes fonctionnent selon des logiques de clandestinité et de terreur comparables à celles des réseaux criminels organisés. Toute personne susceptible de les exposer devient une cible à éliminer ou à réduire au silence.

Des menaces directes et répétées contre sa famille

C’est à partir de Goma que les premières menaces anonymes visant la précitée ont été signalées. Quelques semaines après son retour à Kinshasa, la pression s’est accentuée et s’est déplacée vers son cercle familial. Son mari, ses enfants et elle-même ont commencé à recevoir des appels anonymes inquiétants.

Ses deux enfants, étudiants à l’Université Protestante au Congo (UPC), ont à plusieurs reprises échappé de justesse à des tentatives d’enlèvement sur le chemin de l’université, installant un climat de peur permanent au sein du foyer.

L’enlèvement de son mari, un tournant dramatique

Le 22 novembre 2023 marque une escalade alarmante. Serge Mpanga Kumwimba, époux d’Elysée Kanjingamba et pasteur dans une église de Kinshasa, a été enlevé en pleine soirée. Alors qu’il se préparait pour une prédication, leur domicile a été encerclé par des personnes cagoulées non autrement identifiées, affirmant être à la recherche de leurs enfants. Ne les ayant pas trouvés, ils vont emmener le pasteur de force vers une destination inconnue.

Saisie par la clameur publique, madame la juge fut alertée et a immédiatement saisi sa hiérarchie entre autre, le Président du tribunal de grande instance de Kinshasa-Matete, Samutondi Ikomba, de la cour d’Ordre militaire, le général Kasongo ainsi que le Président de la Cour Constitutionnelle Dieudonné Kamuleta. Grâce à une mobilisation conjointe notamment l’intervention du cabinet d’avocats respectivement Kabengela Ilunga Jean-Marie et Ngandu Kabeya Jean grâce à qui, le Conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité Jean-Louis Essambo fut atteint, les démarches ont été entreprises et le pasteur Serge sera finalement retrouvé ligoté et cagoulé vers la commune de Kintambo. Son corps accusait même des signes des graves tortures, coups et blessures.

Une famille déplacée, une sécurité toujours fragile

Les conséquences psychologiques de ces événements ont été lourdes. Par crainte pour leurs vies, les deux enfants du couple ont été déplacés vers les Etats Unies d’Amérique où la sécurité peut leur être garantie et poursuivre paisiblement leurs études.

Femme juge, activiste des droits humains, figure engagée de la lutte contre les violences basées sur le genre, Elysée Kanjingamba continue d’exercer ses fonctions judiciaires dans un contexte de menaces persistantes. Face à l’absence de garanties sécuritaires suffisantes, elle a pris la décision douloureuse de démissionner du FONAREV, privilégiant la protection de sa vie et celle de sa famille.

Un signal inquiétant pour la justice et les droits humains

Le cas d’Elysée Kanjingamba illustre les risques extrêmes auxquels sont exposés les acteurs de la justice et des droits humains en République démocratique du Congo, en particulier ceux qui s’attaquent aux crimes sexuels liés aux conflits armés et crimes contre l’humanité. Il pose avec acuité la question de la protection des magistrats, des défenseurs des droits humains et de leurs familles, ainsi que celle de la lutte contre l’impunité.

Aujourd’hui, ce cri d’alarme dépasse le cadre d’un cas individuel : il interpelle l’État congolais, les institutions judiciaires et la communauté nationale et internationale sur l’urgence de garantir la sécurité de celles et ceux qui osent défendre les victimes au péril de leur vie.

Joël Diawa

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