Maintien des filles enceintes dans le système éducatif : Me. Joëlle Mbamba Kona salue une avancée dans la protection effective de la jeune fille.
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Le Ministère de l’éducation nationale et nouvelle citoyenneté a rendu public, une note circulaire portant maintien des filles enceintes dans les établissements scolaires. Les animateurs de ce portefeuille, rien ne justifie l’exclusion de ces dernières du système éducatif dès lors qu’elles n’ont pas manifesté l’intérêt de quitter l’école. Une mesure qui a suscité une salve de réactions au sein de l’opinion.
Maître Joëlle Mbamba Kona salue cette décision qui s’agit à l’en croire, « d’une avancée dans la protection effective de la jeune fille, qui déjà évolue dans un système social et éducatif qui fait de la question de sexe un sujet tabou ».
La Vice-Présidente de la Commission Nationale de Droit de l’Homme rappelle cependant que, « dans le cadre du système scolaire, la jeune fille enceinte qui porte désormais l’étiquette sociale de Fille-mère, se retrouve souvent ‘’exclue’’ de son école et en garde les séquelles en général toute sa vie ». Pour elle, exclure ‘’c’est renvoyer, chasser quelqu’un d’un endroit où il était admis donc, rejeter.’’
Cette exclusion sociale estime Me. Joëlle Mbamba Kona, ne facilitait guère la réintégration de celle qui est déjà victime d’une stigmatisation et d’un rejet :
« Eh bien désolée, mais le mutisme social n’a pas aidé notre nation jusqu’ici. Nous vivons à l’ère où les informations sont disponibles partout (les réseaux sociaux, les médias, nos familles, écoles, églises, milieux sportifs et autres), et que donc les enfants apprennent de toutes façons, mais qu’est-ce qu’ils apprennent ? Nous avons actuellement un taux élevé de jeunes filles enceintes (par viol, abus sexuels, ou négligence des contraceptions faute d’informations utiles etc), et dans la plupart des cas ces jeunes filles dont l’avenir est compromis, font face à des brimades, stigmatisations sociales, rejets des proches, rajouter à cela l’exclusion de leurs écoles, qui est vécue comme une sanction, laissant des séquelles psychologiques parfois irréversibles. Très peu d’entre-elles parviennent à sortir de ce bourbier pour prendre la bonne direction et la plupart se retrouvent souvent privées de leurs rêves et d’un avenir. Le garçon auteur de ladite grossesse, personne ne l’exclut, personne ne le mentionne même. Injustice sociale… », renchérit-elle.
L’article 68 de la Loi portant protection de l’enfant prévoit déjà la reprise des études après l’accouchement, mais la réalité sur terrain est que les écoles excluent (en général) et privent ces jeunes filles de la protection dont elles devraient bénéficier. La Vice-Présidente de la CNDH rappelle que cette décision qui vient ‘’à point nommé’’ n’est pas pour ‘’encourager’’ la jeune fille à tomber enceinte comme d’aucun le pensent, mais plutôt pour la ‘’protéger’’ et lui donner toutes les chances pour ‘’un avenir meilleur’’.
D’aucun n’ignore que l’une des valeurs prônées par la société congolaise est d’interdire les relations sexuelles aux mineurs ou avec le mineur (la Loi qualifie cela de viol d’ailleurs), et la jeunesse doit être encourager dans cette voie qui les protège pleinement. Mais, « devrions-nous pour autant chasser, exclure, cette jeune fille qui se retrouve enceinte ? Pourrions-nous mieux orienter la jeunesse en sensibilisant, en donnant les bonnes informations sur la sexualité afin de mieux les préparer tout en mettant en exergue la voie que nous souhaitons que cette jeunesse emprunte (celle du savoir et de la responsabilité) ? », s’interroge Me. Joëlle Mbamba Kona.
Vice-présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, CNDH, Présidente de L’alliance internationale des femmes avocates en RDC, AIFA-RDC et G100 Country Chair en charge des politiques publiques et administratives pour les droits des femmes, Maître Joëlle Mbamba Kona a par ailleurs annoncé une campagne de sensibilisation sur cette question dans un avenir très proche :
« Nous sommes disposées à mieux encadrer cette jeunesse en leur donnant les bonnes informations et cela va de notre responsabilité en tant qu’éducateurs (parents, leaders sociaux et politiques, leaders religieux etc). C’est dans ce cadre que l’Alliance Internationale des Femmes Avocates (AIFA RDC) se prépare pour lancer une Campagne de sensibilisation à ce sujet sûrement pour Octobre prochain. Nous ferons cela également à travers le G100 et d’autres le feront certainement. »
Le Ministère de l’éducation nationale et nouvelle citoyenneté justifie sa mesure de l’accès et du maintien des filles des filles enceintes dans le système éducatif par la volonté de respecter les engagements nationaux et internationaux en faveur de l’éducation inclusive et de l’égalité de Genre.
Joël Diawa
