Inspection de vérité aux commissariats de police de Kinshasa: Procureur de la République Marie-Claire Ruhamya, une immersion dans la justice de proximité
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Madame le Procureur de la République, Marie-Claire Ruhamya Nanzige, Cheffe d’Office du Parquet près le Tribunal de Paix de Kinshasa/Ngaliema, a clôturé ce lundi 22 mars 2026 une importante tournée d’inspection dans les commissariats de police relevant de son ressort. Le commissariat de Lukunga, situé dans la commune de Kintambo, a constitué la dernière étape de cette descente de terrain.
Cette mission, qui a couvert notamment Mont-Ngafula, Pompage, UPN, Camp Luka et Kintambo, avait pour objectif de vérifier concrètement les conditions de travail des Officiers de Police Judiciaire (OPJ) ainsi que les conditions de détention dans les amigos.
Des constats préoccupants
Au terme de ces visites, le constat dressé par le parquet est sans appel : mauvaise tenue des registres, erreurs récurrentes dans la qualification des infractions et conditions de détention précaires.
«…il y a un problème réel par rapport à la disposition légale à appliquer, notamment en ce qui concerne la prévention à retenir pour les différents faits », a déclaré le Procureur Ruhamya.
Les inspections ont permis de mettre en lumière des lacunes importantes dans la maîtrise des textes légaux par certains OPJ, mais aussi des dysfonctionnements structurels affectant la chaîne pénale à la base.
Des mesures correctives immédiates
Face à ces insuffisances, le Parquet n’est pas resté passif. Des séances de travail et d’échanges ont été organisées avec les OPJ afin de corriger les pratiques observées.
« Nous avons essayé de déceler ces différentes failles et avons remis des exemplaires du Code pénal comme soubassement pour orienter la suite de leurs prestations », a précisé la Cheffe d’Office.
En outre, des directives claires ont été données concernant la tenue des registres, un élément essentiel pour garantir la traçabilité des procédures judiciaires.
La question sensible des conditions de détention
L’un des points les plus critiques reste les conditions dans lesquels se trouvent les cachots. Sur ce volet, le Procureur s’est voulu lucide quant aux limites de son intervention :
« Nous allons faire rapport à la hiérarchie pour voir comment pallier à cela. Construire des cachots ne relève pas de notre compétence. À notre niveau, nous faisons le constat et transmettons. »
Cette posture met en évidence la nécessité d’une implication plus large des autorités compétentes pour améliorer les infrastructures carcérales à l’échelle locale.
Le problème des OPJ non assermentés
Autre point d’inquiétude : la présence d’OPJ non assermentés en activité, en violation des dispositions légales.
« La loi est claire : un OPJ non assermenté ne peut poser aucun acte. Les actes qu’il pose sont nuls et de nul effet », a rappelé fermement Madame le Procureur, annonçant la transmission de cette problématique au Procureur de Grande Instance, seul habilité à recevoir leur serment.
Une innovation : la création d’une banque de données
Dans une démarche de modernisation et de suivi rigoureux, une banque de données recensant tous les OPJ du ressort assermentés ou non a été mise en place. Selon le Procureur, cet outil vise à renforcer le contrôle et l’évaluation du travail des OPJ :
« L’objectif est le suivi quotidien des actes qu’ils posent, car le Ministère Public doit coter les OPJ. Cette base nous permettra d’être en contact direct et régulier avec eux. »
Une mission inscrite dans une vision plus large
Cette tournée d’inspection s’est inscrite également dans le cadre du mois de mars dédié à la défense des droits des femmes, mettant en lumière l’importance d’un système judiciaire respectueux des droits humains, notamment pour les personnes vulnérables.
Par cette initiative, le Procureur Ruhamya entend contribuer activement à l’amélioration de l’administration de la justice et à la matérialisation de la vision du Chef de l’Etat, celle de la consolidation d’un véritable État de droit.
Au-delà des constats et des recommandations, cette mission aura eu le mérite de remettre au centre du débat une réalité souvent ignorée : la justice ne se limite pas aux parquets, Cours et tribunaux, elle commence dans les commissariats de police.
Si les réformes structurelles tardent à suivre, les efforts du Parquet risquent de se heurter aux mêmes obstacles. Mais en mettant en lumière ces défaillances et en instaurant des mécanismes de suivi, le Procureur Ruhamya pose les jalons d’un changement nécessaire. Car en définitive, une justice crédible ne peut exister sans des acteurs formés, encadrés et responsables et sans conditions de détention respectueuses de la dignité humaine.
Joël Diawa
