Justice et responsabilité : l’épreuve de vérité pour le Conseil de l’Ordre (Editorial)
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Ce vendredi, un moment important attend l’opinion publique et les acteurs du monde judiciaire. Un bâtonnier d’un barreau de Kinshasa devra comparaître devant son Conseil de l’Ordre à la suite de faits lui étant reprochés par certains de ses clients.
Au-delà de la personne concernée, c’est toute la crédibilité de la justice et de la profession d’avocat qui se trouve, une fois de plus, placée sous le regard attentif du public.
Dans un État de droit, nul n’est au-dessus de la loi. Ni les magistrats, ni les avocats, ni les responsables d’institutions judiciaires. Les textes existent, les procédures aussi. La question essentielle reste donc celle de leur application avec rigueur, équité et impartialité.
Certains, avec scepticisme, évoquent déjà le vieux réflexe corporatiste : « ils vont protéger l’un des leurs ». Cette perception, qu’elle soit fondée ou non, traduit un malaise profond qui traverse l’opinion. La justice ne peut se permettre d’entretenir ce doute. Elle doit, au contraire, démontrer par les faits que la loi demeure la seule boussole.
L’audience annoncée doit donc être l’occasion pour le Conseil de l’Ordre de rappeler que la déontologie de l’avocat n’est pas un simple principe théorique, mais une exigence réelle. Si les faits reprochés ne sont pas établis, l’honneur de l’avocat concerné devra être pleinement restauré. Mais si les faits sont avérés, il appartiendra au Conseil d’en tirer toutes les conséquences de la loi, sans complaisance ni calcul corporatiste.
Cette exigence n’est pas dirigée contre une personne. Elle s’inscrit dans une logique plus large : celle de la consolidation de l’État de droit dans notre pays.
L’expérience veut que, dans certaines circonstances, des magistrats aient été poursuivis et condamnés pour des fautes commises dans l’exercice de leurs fonctions. Les exemples sont légion et ils sont connus de tous. Dès lors, il serait incompréhensible que d’autres acteurs du système judiciaire puissent bénéficier d’un traitement différent.
La justice ne se renforce que lorsqu’elle accepte de se regarder elle-même avec exigence. Une institution crédible est celle qui sait sanctionner ses propres dérives lorsqu’elles sont établies.
Une question ancienne revient alors à l’esprit : qui gardera les gardiens ?
La réponse reste la même : la loi !
C’est elle qui doit guider les décisions, protéger les innocents et sanctionner les fautes. C’est elle qui doit primer sur les solidarités de corps et les réflexes de protection mutuelle.
En définitive, l’enjeu dépasse largement un dossier disciplinaire. Il s’agit de savoir si, dans notre pays, les principes que nous proclamons : justice, équité, responsabilité, peuvent réellement s’appliquer à tous.
L’opinion publique reste sur sa soif quant à l’issue de cette audience qu’elle suit avec attention. Non pas dans un esprit de condamnation anticipée, mais avec l’espoir de voir la justice confirmer ce principe fondamental : dans un véritable État de droit, personne n’est au-dessus de la loi.
Affaire à suivre.
La Rédaction
