8 mars 2026

55 ans d’excellence : “l’esprit Matadiwamba” et la “maternité professionnelle”. Le doyen Patrick Lelu Nawej rend hommage à son maître Tharcisse Matadiwamba

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LELU
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Une soirée d’hommages et d’émotion

C’est au cours d’une réception solennelle organisée en son honneur que le Doyen honoraire de l’Ordre du Barreau de Kinshasa/Gombe, Patrick Lelu Nawej, a livré un témoignage poignant Dans un entretien exclusif accordé au Journal Télévisé des Droits Humains. D’entrée de jeu, le ton est donné :

« En une ligne, sans lui, je ne suis pas », a-t-il lâché. Des mots forts, à la hauteur de la relation professionnelle et humaine qui lie le doyen à son maître. Il poursuit :

« C’est grâce à lui que sa maternité professionnelle a fonctionné pour que nous soyons là. Dans la rigueur, l’excellence, la poursuite de la perfection, il nous a donné cette grâce de passer sous ses pieds et d’être celui que vous connaissez. »

À travers cette métaphore de la « maternité professionnelle », Me Patrick Lelu illustre la dimension formatrice et presque paternelle du Bâtonnier Matadiwamba. Une école exigeante, fondée sur la discipline intellectuelle et la recherche constante de perfection.

“L’esprit Matadiwamba” : une école de grandeur

Au-delà d’un simple mentorat, c’est une véritable école qui s’est structurée autour de lui. « Je ne suis pas le seul, il a d’innombrables fils… Aujourd’hui, par ces derniers, vous avez une multitude de petits-fils qui sont l’émanation ou l’incarnation de ce que je pourrais appeler aujourd’hui ‘‘l’esprit Matadiwamba’’. »

Cet « esprit Matadiwamba » renvoie à une conception noble et rigoureuse de la profession d’avocat caractérisée par la maîtrise de la procédure, la profondeur de l’analyse juridique, l’éloquence maîtrisée et l’éthique irréprochable. Selon le doyen, cette école figure parmi « les grandes écoles du monde » dont les membres peuvent légitimement être fiers. La reconnaissance nationale, matérialisée par la confiance placée en lui à travers de hautes responsabilités, témoigne de l’impact institutionnel de son parcours.

Un bâtisseur de jurisprudence

Interrogé sur l’héritage laissé au sein du Barreau, Me Lelu insiste sur l’apport scientifique et technique du Bâtonnier :

« Pour le Barreau, la grande référence, c’est sur le plan jurisprudentiel, sur le plan doctrinal. Il est aujourd’hui à la base des grands arrêts, car la grandeur d’un avocat, ce sont les procès gagnés. »

Au fil des décennies, le Bâtonnier Matadiwamba a contribué à structurer la pratique contentieuse en RDC, influençant durablement la manière de plaider et d’interpréter les textes. Plusieurs décisions marquantes portent l’empreinte de ses argumentations, devenues des références dans la pratique judiciaire.

Une école de plaidoirie née au Tribunal de Paix

Le doyen Lelu se souvient avec précision de sa première collaboration avec son maître :

« Je plaide avec lui pour la première fois au Tribunal de Paix de Kinshasa-Gombe. Dans une affaire pénale, il me donne cinq minutes pour développer mon argument. Aujourd’hui, c’est une école de plaidoirie, une école de réflexion. » Cinq minutes seulement, mais cinq minutes décisives. Une méthode pédagogique exigeante qui pousse à l’essentiel, à la clarté et à la précision.

« Quand on parle des cicéroniens, nous, par incarnation, nous sommes de l’école de Matadiwamba dans la plaidoirie, dans la manière. »

La référence aux cicéroniens évoque une tradition d’éloquence structurée, rigoureuse et persuasive. Loin des effets de manche, l’école Matadiwamba repose sur la solidité du raisonnement et la maîtrise technique des procédures.

Procédurier et avocat de fond

Me Lelu souligne un autre aspect fondamental de l’héritage transmis : « Matadiwamba nous a formés comme des procéduriers et, au-delà de la procédure, c’est un avocat de fond. »

Dans la pratique judiciaire, la maîtrise des exceptions, des moyens dilatoires et des subtilités procédurales constitue un levier stratégique majeur. Mais pour le Bâtonnier, la procédure n’est jamais une fin en soi : elle sert le fond, la vérité juridique, la protection des droits.

« Ces valeurs, ce n’est pas tous les avocats qui peuvent les percevoir. Et nous sommes fiers d’être de cette école qui nous a aidés à devenir ces avocats de procédure, ces avocats de fond qui font l’éloge et le témoignage de sa grandeur », a précisé Me Patrick Lelu.

Un héritage vivant pour le Barreau congolais

À 55 ans de carrière, le Bâtonnier National Tharcisse Matadiwamba Kamba Mutu ne laisse pas seulement derrière lui des décisions, des plaidoiries mémorables ou des fonctions honorifiques. Il laisse une génération, et même plusieurs d’avocats formés à l’exigence, à la discipline intellectuelle et à la noblesse du métier. Son héritage est vivant, il se manifeste dans chaque audience où ses anciens élèves plaident, dans chaque argument solidement charpenté, dans chaque jeune avocat formé à « l’esprit Matadiwamba ».

Plus qu’un anniversaire professionnel, cette célébration apparaît ainsi comme la consécration d’une vie dédiée au droit, à la transmission du savoir et à la consolidation de l’institution du Barreau en République démocratique du Congo.

Joël Diawa

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