14 août 2026

Guerre ouverte au sein des Barreaux : André Kibambe dans la tourmente, le Barreau du Kwilu déclenche une procédure disciplinaire explosive (Le dossier de la Rédaction)

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Rédaction: +243 817 406 088

Au cœur de cette tempête se trouve le Bâtonnier du Barreau de Kinshasa/Gombe, André Kibambe Kikangala, désormais visé par une procédure disciplinaire engagée par le Barreau du Kwilu. Une initiative qui met en lumière une profonde fracture au sein d’une profession pourtant fondée sur les principes de confraternité, de solidarité et de respect mutuel.

Kwilu accuse André Kibambe de « dérive ordinale anarchiste »

Dans une correspondance adressée au Bâtonnier national, dont une copie est parvenue à la rédaction du Journal Télévisé des Droits Humains, le Bâtonnier du Kwilu, Étienne Nkuanga Nkuanga, dresse un réquisitoire particulièrement sévère contre son confrère de Kinshasa/Gombe.

Il l’accuse notamment de conduire son barreau dans une « dérive ordinale anarchiste, xénophobe et machiavélique ».

« Il est constaté que depuis son élection à la tête du barreau de Kinshasa/Gombe, le Bâtonnier André Kibambe Kikangala se nourrit d’une haine viscérale et d’une xénophobie professionnelle sans précédent à l’égard des avocats de certains barreaux, particulièrement ceux du barreau du Kwilu », lit-on dans cette correspondance.

Des accusations d’une exceptionnelle gravité dans le monde judiciaire, où les rapports entre barreaux sont traditionnellement régis par les principes de confraternité et de coopération.

Des pratiques jugées discriminatoires

Pour étayer ses accusations, le Barreau du Kwilu énumère plusieurs décisions administratives qu’il estime discriminatoires à l’égard de ses membres.

Il cite notamment :

  • le refus de viser certaines attestations de prestations régulièrement délivrées aux avocats du Kwilu ;
  • la réduction de trois mois à un mois de la durée de validité de ces attestations ;
  • l’exigence faite aux avocats de produire des pièces de procédure appartenant aux dossiers de leurs clients lors du dépôt des attestations au secrétariat administratif du Barreau de Kinshasa/Gombe.

Selon le Conseil de l’Ordre du Kwilu, ces exigences ne reposeraient sur aucun fondement légal et traduiraient une volonté délibérée d’entraver l’exercice professionnel de ses membres.

Le Kwilu et le Maï-Ndombe boycottent les dépôts physiques

Estimant ces pratiques constitutives d’une « xénophobie professionnelle » et d’une hostilité assumée envers ses avocats, le Conseil de l’Ordre du Barreau du Kwilu a décidé de modifier les modalités de transmission des attestations de prestations.

« Le Conseil de l’Ordre du Kwilu enjoint ses avocats à le faire désormais par voie électronique, conformément à la réglementation sur le numérique en vigueur en République démocratique du Congo, la preuve de son envoi en format électronique faisant foi. »

Une décision rapidement suivie par le Barreau du Maï-Ndombe, qui adopte une position identique.

« Aucun avocat du barreau de Maï-Ndombe n’est tenu de se présenter physiquement au secrétariat administratif du barreau de Kinshasa/Gombe en vue de présenter les attestations de prestations dans son ressort. Toute attestation de prestations pour le ressort de Kinshasa/Gombe doit désormais être présentée au Bâtonnier de l’ordre du Barreau par voie électronique via l’adresse Email du Barreau », précise un communiqué du Conseil de l’Ordre.

La Tshuapa saisit également le Bâtonnier national

La crise dépasse désormais le seul différend entre Kinshasa/Gombe et le Kwilu.

Le Bâtonnier de la Tshuapa, Pie Roger Ilanga Boembi, a lui aussi saisi le Bâtonnier national. Dans sa correspondance, il dénonce des « manquements déontologiques graves » ainsi qu’un conflit de compétence qu’il impute au Bâtonnier de Kinshasa/Gombe.

Il demande notamment au Bâtonnier national de « rappeler à l’ordre » le Bâtonnier de Kinshasa/Gombe pour ses manquements déontologiques et « fixer les limites et tracer les frontières d’application de la règle de double compétence ».

Une procédure disciplinaire inédite contre le Bâtonnier de Kinshasa/Gombe

L’escalade franchit une nouvelle étape. Selon les documents consultés par le Journal Télévisé des Droits Humains, le Conseil de l’Ordre du Barreau du Kwilu a officiellement décidé d’ouvrir une procédure disciplinaire contre André Kibambe Kikangala.

Le dossier est enregistré sous le numéro RD 0818. Le Bâtonnier de Kinshasa/Gombe est cité à comparaître devant le Conseil de l’Ordre du Barreau du Kwilu lors de sa réunion fixée au 7 août 2026, afin de répondre des manquements disciplinaires qui lui sont reprochés.

Une menace de représailles disciplinaires

Le document du Barreau du Kwilu contient également une mise en garde particulièrement ferme. Le Conseil de l’Ordre affirme que toute procédure disciplinaire qu’il considérerait comme irrégulièrement engagée contre un avocat relevant de son ressort entraînerait, par application du principe de réciprocité invoqué, l’ouverture immédiate de poursuites disciplinaires contre dix avocats du Barreau de Kinshasa/Gombe. Une position qui témoigne de la radicalisation du conflit et laisse craindre une multiplication des procédures croisées entre barreaux.

Kinshasa/Gombe rejette les accusations et dénonce un « chantage »

Le Barreau de Kinshasa/Gombe n’a pas tardé à réagir. Dans sa réponse, son Doyen de l’Ordre rejette catégoriquement les accusations formulées par le Barreau du Kwilu, qu’il estime fondées sur des affirmations inexactes. Il réaffirme que son Conseil continuera à appliquer strictement les textes régissant la profession.

« Je tiens à vous faire noter que, pour le respect des textes (NDLR), le Barreau de Kinshasa/Gombe ne transigera jamais. Il note que votre résolution préméditée à citer dix de ses avocats au cas où trois du vôtre sont poursuivis, est un pire chantage qui n’émeut personne, soyez-en rassuré. Aussi, le Conseil de l’Ordre du Barreau de Kinshasa/Gombe tient-il à vous rassurer qu’il continuera, sans désemparer, à faire respecter la loi et toutes les décisions du Conseil National de l’Ordre. N’en déplaise au barreau qui n’en voit pas le bien-fondé. »

Cette réponse confirme que les positions des deux camps restent, à ce stade, irréconciliables sans l’intervention du Conseil National.

Le Conseil national joue au sapeur-pompier

Face à l’ampleur prise par ce conflit, le Conseil national de l’Ordre des avocats est contraint de jouer les médiateurs. Afin d’éviter une aggravation de la crise, il a convoqué les Bâtonniers des quatre barreaux concernés à une séance de travail prévue ce samedi. Cette rencontre est perçue comme une tentative de désamorcer une confrontation qui menace désormais l’unité de l’Ordre national.

L’enjeu dépasse en effet les simples divergences administratives. Plusieurs observateurs estiment que cette crise pourrait avoir des conséquences importantes sur le fonctionnement de la profession, la mobilité des avocats entre les ressorts ainsi que sur l’image de l’avocat.

Une fracture qui couvait depuis plusieurs mois

Depuis l’élection d’André Kibambe Kikangala à la tête du Barreau de Kinshasa/Gombe, plusieurs voix se seraient élevées, parfois discrètement, pour exprimer leurs réserves sur sa gouvernance. En raison du devoir de réserve imposé aux avocats ainsi que de la déférence traditionnellement observée envers le Bâtonnier et les Conseils de l’Ordre, ces critiques sont rarement exprimées publiquement ou presque pas.

L’affrontement désormais ouvert entre le Barreau de Kinshasa/Gombe et plusieurs barreaux de l’intérieur du pays révèle toutefois un malaise profond qui, selon plusieurs observateurs, couvait depuis longtemps et semble aujourd’hui avoir atteint un point de rupture.

La réunion convoquée par le Conseil national pourrait ainsi constituer un tournant décisif pour l’avenir des relations entre les différents barreaux de la République démocratique du Congo et pour la préservation de l’unité de l’Ordre des avocats.

La Rédaction

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