Kinshasa, capitale des nids-de-poule : le cri de détresse de Me Olivier Koy Shenga étranglé par l’enfer routier
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La colère gronde dans la capitale congolaise depuis plusieurs années. Maître Olivier Koy Shenga a brisé le silence en adressant une correspondance au Gouverneur de la Ville de Kinshasa, Daniel Bumba, pour dénoncer le calvaire quotidien que vivent les usagers de la route.
Avec en objet une formule devenue slogan politique « Kinshasa ezo bonga » l’avocat interpelle frontalement l’autorité urbaine sur l’écart criant entre la promesse et la réalité. La copie de cette lettre a été réservée au Président de la République, à la Première Ministre, au Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, ainsi qu’au Président de l’Assemblée Provinciale de Kinshasa.
Dans sa correspondance, Me Olivier Koy Shenga ne mâche pas ses mots :
« En ma qualité d’usager de la route à Kinshasa, je souffre dans mon corps et dans mon âme du fait de la qualité des routes, des travaux livrés (mal exécutés) et de vos chantiers à durée indéterminée. »
L’avocat rappelle qu’en dépit du paiement régulier des taxes et impôts dus à la ville, les infrastructures routières demeurent dans un état alarmant. Il s’interroge ainsi sur la portée réelle du slogan du gouvernorat :
« Après avoir payé les taxes et impôts de la ville, je suis en droit de vous saisir afin de savoir si le slogan Kinshasa ezo bonga deviendra une réalité après votre mandat à la tête de la ville.»
Résidant dans la commune de Ngaliema, il décrit un véritable parcours du combattant pour rejoindre le centre-ville. Partir à 5h00 pour espérer arriver à 7h00 est devenu, selon lui, une routine imposée par la dégradation des axes routiers.
Dans sa lettre, il dresse une liste non exhaustive des points noirs :
- Avenue 24 Novembre (Kitokimosi) : nids-de-poule provoquant un ralentissement de 28 minutes ;
- Avenue Manifeste (déviation) : impraticable ;
- Assossa et Shaba : impraticables ;
- Croisement Assossa – Ngiri-Ngiri : travaux mal exécutés, dalles mal conçues ;
- Sortie des avenues Gambela, Shaba, Assossa, Birmanie et Saio : « cauchemar ».
« Je n’énumère que le petit échantillon du problème auquel je fais face sur ce tronçon », écrit-il, soulignant l’ampleur généralisée du phénomène avec une pique lourde de sens :
« Vous avez le devoir de nous donner de bonnes routes afin de ne pas enrichir les mécaniciens à cause des pannes liées au mauvais état de vos routes. »
Au-delà du cas personnel évoqué par Me Koy Shenga, c’est toute la ville de Kinshasa qui semble s’enfoncer dans un délabrement structurel inquiétant. Nids-de-poule béants, chaussées affaissées, absence de signalisation, caniveaux obstrués, routes transformées en bourbiers à la moindre pluie. Plusieurs chantiers lancés avec fracas restent inachevés pendant des mois, voire des années, aggravant les embouteillages chroniques.
Cette situation engendre une hausse des coûts de transport ; une usure prématurée des véhicules ; une augmentation des accidents ; une perte de productivité pour des milliers de travailleurs ; un stress permanent pour les habitants.
Dans une mégapole de plus de 15 millions d’habitants, l’état des routes ne relève pas du confort, mais de la dignité urbaine et de la sécurité publique. La question posée par l’avocat résonne aujourd’hui comme un défi politique : la modernisation promise de la capitale est-elle une réalité en construction ou un simple mirage communicationnel ?
En exposant publiquement son cauchemar quotidien, Me Olivier Koy donne une voix à des milliers de Kinois qui subissent en silence les secousses, les retards et les dégâts mécaniques imposés par des infrastructures défaillantes. Si rien n’est fait rapidement, Kinshasa risque de devenir non pas la vitrine du pays, mais le symbole d’un effondrement urbain progressif où chaque nid-de-poule raconte l’histoire d’une promesse non tenue.
Joël Diawa
