Altercation entre le Colonel Patrick Kyungu et la magistrate Laurraine Nzakimuena : Les autorités judiciaires invitées à s’impliquer pour éviter la fragilisation du pouvoir judiciaire
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Une vidéo devenue virale à fait le tour des médias nationaux ce jeudi 08 juin. Il s’agit du Général Patrick Kyungu d’une unité de la Police de Circulation Routière qui dit être victime du lynchage perpétré par les délinquants envoyés par une magistrate. Les faits se sont passés sur le boulevard triomphal à l’entrée de l’église de Sony Kafuta qui longe vers le l’entrée principale du stade tata Raphael le long de la rivière Kalamu.
La rédaction d’infos-droitshumains.net est parvenue à retracer les faits et a su identifier la magistrate dont il est question. Il s’agit de Laurraine Nzakimuena, magistrate au Parquet de Grande Instance de Kalamu qui a donné sa version des faits.
« Nous suivions deux véhiculent qui étaient devant nous. Les deux véhicules passent, lorsque nous nous voulions virer, je vois un policier qui nous arrête. Alors que les véhicules qui venaient de pont Kabu étaient arrêtés. Il nous dira de contourner. Je lui ai dit, je suis magistrat et que j’allais au service au parquet de de Kalamu. Le policier s’exclame et recule, ce colonel avance vite et commence à crier en lingala: ‘’magistrat magistrat ! Magistrat nini ? Nga nazo loba, ye a loba ? Magistrat nde nini ? Moi je suis colonel, chef de bataillon PCR na lobi oko leka te’’. Moi j’ai dit puisque c’est par défi, moi je partirai comme ça ; comme tu sais que je suis magistrat, tu m’outrage, moi je ne passe plus on saura entre toi et moi qui le chef », a expliqué Laurraine Nzakimuena.
Et de poursuivre : « Il réplique, ‘’zela na filmer yo na tindela Kamuleta’’, puis il commençait Puis il a commencé à me doigter jusqu’à presque toucher mon torse et tout cela en présence de mon mari qui lui a même demandé s’il me parlait ainsi parce que je suis une femme ou bien parce qu’il ne sait pas qu’il doit du respect au magistrat. Si mon mari était intervenu, la situation prendrait une autre allure. C’est comme ça que j’ai appelé mon chef, son numéro ne passait pas, je suis tombé sur un Premier c’est alors que j’ai sollicité l’intervention du district avec les agents ».
« Quand les agents sont arrivés, j’ai leur dit de prendre le colonel, ce dernier va intimer l’ordre à son garde du corps d’ouvrir le feu. Pendant qu’il chargeait son arme, les agents sont parvenus à le maitriser. Dans l’entre temps, le colonel a appelé et commencait à causer à swahili. Il vient avec son téléphone auprès de moi pour me dire ‘’zua procureur chef nayo’’, je n’ai pas réagi. C’est après que j’ai appris qu’il avait appelé un substitue de chez nous ».
« Moi je me suis dit, je ne peux pas me laisser faire comme ça, si je quitte ce lieu sans le colonel, il ne saura pas qu’il doit du respect aux magistrats, c’est comme ça que je l’avais amené au parquet. Je pris le soin d’appeler l’auditeur supérieur pour l’expliquer le problème et le général Kasongo a dépêché le général de notre district à qui j’ai aussi tout expliqué », a-t-elle conclu.
Notre rédaction a interrogé les textes légaux pour savoir entre l’acte posé par le colonel et par la magistrate, laquelle a-t-elle violé la loi. Sur pied des articles 1 à 6 de l’ordonnance du 03 juillet 1978 relative à l’exercice des attributions d’officiers et agents de police judiciaire, il s’avère que le colonel était dans le cadre de sa mission de réguler la circulation, à ce titre, il est un agent de la police judiciaire qui travaille sous la responsabilité de l’officier du ministère public. Dans ce contexte, si un magistrat commet une contrevention, peu importe les faits, il ne doit pas être arrêté, il faut tout simplement prélever le numéro de sa plaque d’immatriculation et faire rapport à son procureur. C’est ce que le colonel aurait dû faire.
Mais à en croire plusieurs témoignages, le colonel Patrick Kyungu n’est pas à sa première forfaiture.
« Cet officier dirige une structure de police parallèle à la PCR. Il fait le travail que le PCR doit normalement faire. Quand ses hommes t’arrêtent les amandes varient toujours entre 200 et 500 milles CDF. Il est orgueilleux et trop imbu de lui-même », nous a confié l’une de ses victimes.
« Je suis… magistrat, mais ce monsieur m’a déjà manqué du respect deux fois. Je confirme que cet officier n’écoute personne à part le Général Kasongo. Il répond toujours avec orgueil et arrogance », a dit une autre.
Face à ce récidivisme, les autorités de la police doivent prendre des mesures coercitives pour mettre fin au comportement ostentatoire du colonel Patrick Kyungu ; et la justice doit entretemps faire son travail pour que le principe général du droit énoncé par Cicéron « Cedant arma togae » soit bien observé.
Laurraine Nzakimuena a finalement été auditionné ce vendredi ; mais malheureusement des sources proches de l’office qui l’a auditionné renseigne qu’une action disciplinaire devrait être ouverte contre elle pour n’avoir pas respecté la procédure. Mais ce cas n’est pas un cas isolé; plusieurs cas similaires ont déjà été enregistrés dans un passé récent, celle de la présidente du Tribunal de Paix d’Assossa Laini Malaika qui a été outragée par un policier commis à la garde d’une banque et un autre juge de la même juridiction qui lui a été outragé par un civil. Les deux ont suivi la procédure normale qui malheureusement n’a jamais abouti à l’interpellation de leurs bourreaux.
Les autorités judiciaires sont donc interpelées à taper du poing sur la table car les outrages aux magistrats deviennent monnaie courante de plus en plus récurrente et risquent de fragiliser le pouvoir judiciaire si l’on n’en tient pas garde.
Merlin Kamalandua
