Dossier Bukanga Lonzo : Je savais que l’enquête sera politique et les conclusions seront politiques. (Augustin Matata Ponyo)
Cinq jours après une session plénière du 14 mai dernier à la chambre haute du parlement tenue à huit clos; une session qui devait statuer sur la levée de ses immunités parlementaires , On en sait un peut plus sur ce que Augustin Matata Ponyo a dit aux sénateurs. Dans le document qui contenait ses moyens de défense, document que la rédaction de infos-droitshumains.net s’est procurée une copie, le sénateur Augustin Matata Ponyo Mapon a estimé que le rapport qui doit servir de soubassement à la prise de décision sur la levée ou non de ses immunités est plein d’incohérences et de mensonges. Pour lui, les enquêteurs de l’Inspection générale des Finances « sont tombés dans le piège politique en remplissant leur rapport des mensonges et de contre-vérités dans le but d’incriminer celui qui n’a jamais été impliqué dans la gestion du projet et en innocentant les véritables responsables de la débâcle du parc ».
Devant ses collègues sénateurs, l’ancien Premier-Ministre a d’abord fait savoir que c’est bien lui qui avaient demandé l’enquête sur ce projet de Bukangalonzo dans le souci du rétablissement de la vérité face aux mensonges qui étaient distillés intentionnellement contre sa personne pour des objectifs essentiellement politiques :
« Je savais que l’enquête sera politique et les conclusions seront politiques. Mais, il fallait que l’enquête ait lieu pour que les congolais connaissent toute la vraie vérité sur ce dossier désormais historique. Et la vraie vérité est que je n’ai jamais pris un dollar de ce projet et que je n’ai jamais imaginé prendre un dollar de ce projet. »
Dans son rapport sur la gestion du parc agroindustriel de Bukanga Lonzo, l’Inspection Générale des Finances a présenté Matata Ponyo comme le concepteur et le planificateur du dit projet, de surcroit, l’auteur intellectuel de sa débâcle. Ce rapport a poursuivi que la mise en œuvre du projet Bukanga Lonzo n’a jamais bénéficié d’une étude de faisabilité.
Une première incohérence que l’incriminé ballait d’un révère de la main :
« En tant que Premier Ministre, Chef du Gouvernement, j’avais effectivement donné une impulsion pour la mise en œuvre de ce projet. De ce fait, il arrivait que je m’y implique par moment. Cela explique notamment le fait que, en son temps, j’avais personnellement demandé au Ministre de l’Agriculture et Développement Rural, au Ministre de l’Industrie, Petites et Moyennes Entreprises; au Ministre Portefeuille, au Ministre Délégué auprès du Premier Ministre, Chargé des Finances, d’examiner la proposition du Contrat de gestion du Partenaire retenu pour assurer la gestion financière et technique de ce projet. Donc, tous les ministres signataires du Contrat étaient impliqués à de degrés divers dans la préparation de ce projet. Pourtant la documentation prouve à suffisance que le projet Bukanga Lonzo a bénéficié de plusieurs études avant sa mise en œuvre. Plus important encore, ces études ne furent réalisées ni par le Premier Ministre, ni par la Primature. Le fait de donner l’impulsion fait de moi le concepteur et le planificateur du projet, une astuce utilisée pour faire un raccordement avec un éventuel détournement qui m’aurait profité? »
L’IGF a aussi affirmé que Matata
Ponyo, alors Premier-Ministre, n’avait pas mis en place des mécanismes minima
pour garantir la surveillance dans l’utilisation des fonds décaissés par le
Trésor public. Une autre incohérence selon l’incriminé pour qui, « le contrat de gestion signé entre l’État
congolais représenté par quatre ministres, et AFRICOM, le partenaire
sud-africain, stipule clairement, et ce noir sur blanc, que AFRICOM est seul
Responsable Technique et Financier de la gestion du Parc Agro-Industriel de
Bukanga Lonzo ». « Quelle
est la responsabilité d’un premier ministre dans la gestion d’un projet dans
lequel il n’était nullement impliqué ? » s’est-il interrogé.
Au-delà d’être incohérent, l’ancien premier ministre estime que la matrice conceptuelle du rapport de l’IGF se fonde sur des mensonges. Il en veut pour preuve le nom de Patrice Kitebi, à l’époque, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé des finances, cité dans ledit rapport comme coauteur du détournement « tout le long du processus d’exécution du projet de parc agro-industriel de Bukanga Lonzo ».
« Pour
votre gouverne, le projet de Bukanga Lonzo a débuté en juillet 2014 et à fin
2014, il y avait remaniement. Dans le gouvernement Matata II, il n’y a pas eu
de ministre délégué et monsieur Patrice Kitebi n’était pas membre de ce
gouvernement. Donc de 2015 à 2016, le projet du parc était réalisé sans le
ministre délégué Kitebi. Sur base de quoi peut-on affirmer que le premier
ministre honoraire Matata Ponyo a organisé le détournement, tout le long du
processus d’exécution du projet de Parc Agro-Industriel de Bukanga Lonzo, en
complicité avec le Ministre Délégué ? Aussi, à noter que plus de 80
pour cent des paiements effectués ont été réalisés après fin 2014, c’est-à-dire
au moment où monsieur Patrice Kitebi n’était plus Ministre-délégué. »
Avec la reprise de la production à Bukanga Lonzo, Augustin Matata Ponyo note qu’il s’agit du même investissement entamé en 2014 mais qui, malheureusement, a connu une rupture de financement en 2017, après la fin de son mandat. Il veut que les vrais auteurs de cette débâcle soient débusqués :
« Peut-on nous dire qui a décidé de l’arrêt des paiements au profit de ce Parc agro-industriel ? Est-ce le Président de la république de l’époque ? Est-ce l’un de trois Premier ministres de l’époque ? Est-ce l’un de ministres de l’Agriculture de l’époque ? Il faut que le peuple congolais sache un jour qui est le vrai auteur de la débâcle de Bukangalonzo. Il est connu des enquêteurs de l’Inspection générale de finances; mais ces derniers ne l’ont nullement cité dans le rapport pour des raisons que vous pouvez imaginer. »
Augustin Matata Ponyo incriminé par le rapport de l’Inspection Générale des Finances et dont la demande de la levée de ses immunités parlementaires a été requise par le procureur Général près la Cour Constitutionnelle afin d’être déféré devant la justice, ne veut pas que le Sénat soit contraint de prendre la décision sur base d’un rapport dont la matrice conceptuelle « est incohérente et mensongère ». « Quelle jurisprudence cela va-t-il créer? » S’est-il interrogé.
