Afrique : élu Président de la FA-UJA, Me Frédéric Nanadjingue face aux défis de la modernisation du barreau africains, défis technologiques et concurrentiels
Rédaction: +243 817 406 088
La Fédération Africaine des Associations et Unions des Jeunes Avocats (FA-UJA) ouvre une nouvelle page de son histoire avec l’élection de Me Frédéric Nanadjingue à sa présidence. Avocat inscrit au Barreau du Tchad et auprès de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, il accède à l’issue d’un scrutin particulièrement disputé, marquant peut-être une rupture avec la tradition de consensus qui caractérise habituellement cette organisation. Dans une interview exclusive accordée à la Rédaction du Journal télévisé des Droits Humains, le nouveau Président revient sur les péripéties de son élection, son agenda et les défis à relever.
Une élection sous tension, révélatrice d’enjeux régionaux
Alors que la présidence de la fédération repose sur un principe de rotation entre les régions africaines, le mandat actuel revenait logiquement à l’Afrique centrale. « Le candidat choisi devait passer par acclamation », rappelle Me Nanadjingue. Toutefois, l’absence de consensus au sein de cette zone a conduit à une confrontation électorale inédite.
Face à lui, Me Francis Kitenge, du Barreau de Kinshasa/Matete (RDC), défendait également sa candidature. « Il y a eu deux candidatures émanant de la même zone… nous ne nous sommes pas mis d’accord », explique le nouveau président. La question de l’équilibre entre États a été au cœur des débats, notamment en raison de la présence historique de la RDC dans les instances dirigeantes de la fédération où le pays a eu à occuper deux fois la présidence.
Finalement, c’est le vote de l’assemblée générale qui a tranché. « Nous avons laissé l’assemblée générale départager ; et fort heureusement pour nous, le choix a été porté sur notre modeste personne », confie-t-il.
Un parcours forgé dans l’engagement régional
L’ascension de Me Nanadjingue s’inscrit dans une trajectoire progressive au sein des organisations de jeunes avocats. Son engagement débute à l’échelle nationale avant de s’étendre au niveau sous-régional, notamment à travers sa présidence du Réseau des Unions et Associations des Jeunes Avocats d’Afrique centrale (RUBAC).
« Très vite j’ai vu la nécessité d’intégrer les structures des jeunes avocats … ce qui m’a permis d’accéder à la présidence du RUBAC », souligne-t-il. Une expérience qui a visiblement renforcé sa crédibilité auprès de ses pairs, lesquels l’ont encouragé à briguer la présidence continentale.
Un mandat placé sous le signe de la continuité et de la solidarité
Conscient de la brièveté de son mandat de deux ans, le nouveau président entend s’inscrire dans la continuité des actions déjà entreprises. « Nous ne venons pas pour révolutionner la fédération … mais partir de ce qui a déjà été fait par nos prédécesseurs », affirme-t-il.
Son ambition repose sur trois axes majeurs : renforcer la solidarité entre jeunes avocats, encourager le brassage entre les différentes régions, et améliorer les mécanismes de formation. « En conjuguant les efforts … il sera tout à fait possible de parvenir à réaliser les objectifs de la fédération », estime-t-il.
Des défis contemporains majeurs pour les jeunes avocats africains
Au cœur de son programme figure un enjeu crucial : adapter la profession aux mutations contemporaines. L’intelligence artificielle apparaît ainsi comme un défi incontournable. « Comment le jeune avocat pourrait faire pour apprivoiser l’intelligence artificielle … et la rendre utile à l’exercice de sa profession ? », interroge-t-il.
Au-delà de la technologie, Me Nanadjingue insiste sur la nécessité de conquérir de nouveaux domaines juridiques encore sous-exploités en Afrique. Il cite notamment le droit du sport, le droit minier, les hydrocarbures, l’environnement ou encore l’arbitrage. « Il y a tout un pan de droits aujourd’hui que les jeunes avocats africains doivent s’en imprégner », souligne-t-il.
Cette diversification est essentielle pour renforcer la compétitivité des cabinets africains face à la concurrence internationale. « Il y a des très grands cabinets occidentaux qui viennent gagner des marchés sur le sol africain alors que l’inverse semble être inexistant », déplore-t-il, appelant à une professionnalisation accrue.
Défense des droits humains et protection des avocats
Autre priorité : la protection des droits de l’homme dans un contexte sociopolitique parfois instable. « La problématique des droits de l’homme rebondit en raison des situations sociopolitiques », observe-t-il.
La fédération entend non seulement dénoncer les violations, mais aussi protéger les avocats eux-mêmes. « Organiser … la défense des jeunes avocats qui pourraient être dans les collimateurs des hommes politiques », constitue un axe stratégique de son mandat.
Une vision collective tournée vers l’avenir
Malgré les défis, Me Nanadjingue se veut résolument optimiste et inscrit son action dans une logique de continuité intergénérationnelle. « C’est toute une chaîne avec des maillons … pour permettre à la fédération d’aller de l’avant », image-t-il.
La Fédération Africaine des Associations et Unions de Jeunes Avocats (FA-UJA) est un regroupement d’Associations et/ou d’Unions ou syndicats de jeunes avocats africains avec comme vocation de contribuer à l’amélioration des conditions d’exercice de la profession par les jeunes avocats, de promouvoir les actions nécessaires à la protection de la personne humaine, de ses libertés ainsi qu’au respect des droits de la défense, de contribuer à l’avènement, au maintien et à l’amélioration de l’état de droit. Ainsi elle a pour buts de fédérer les unions et associations de jeunes Avocats des Barreaux de toutes les régions d’Afrique ; de coordonner les actions individuelles et/ou collectives de celles-ci ; d’offrir aux jeunes Avocats d’Afrique un espace d’échanges et de dialogue pour une meilleure connaissance de l’autre, partager leurs expériences et promouvoir la solidarité.
Joël Diawa
