RDC : polémique autour de la mission du Conseil Supérieur de la Magistrature au Lualaba (Le dossier de la Rédaction)
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Une mission officielle du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM), menée à Kolwezi, dans la province du Lualaba, suscite une vive controverse tant dans l’opinion publique que dans les milieux judiciaires.
D’après un ordre de mission dont la rédaction du Journal Télévisé des Droits Humains s’est procuré copie, cette descente officielle se tient du 20 au 24 avril 2026. Elle a consisté notamment en des visites auprès des autorités politiques provinciales, des juridictions civiles et militaires, ainsi que des offices des parquets relevant du ressort de la Cour d’appel du Lualaba.
D’après le programme rendu public, la délégation a également tenu des audiences avec différents acteurs locaux, notamment des représentants du barreau, de la société civile, des chefs d’entreprises, des hommes d’affaires ainsi que des responsables religieux. Officiellement, cette mission s’inscrirait dans le cadre du suivi du fonctionnement des juridictions et du renforcement de la gouvernance judiciaire.
Cependant, dans un contexte marqué par des critiques récurrentes sur l’inefficacité et le dysfonctionnement du système judiciaire congolais, cette initiative passe difficilement auprès de nombreux observateurs.
« Alors que la Cour constitutionnelle ne siège pas depuis longtemps voilà des gens qui choisissent de se promener et ra***ter sur terrain. Qu’est-ce qu’ils vont faire que ne peut pas faire le Premier Président de la Cour d’appel du ressort? », s’est interrogé avec indignation un juriste. « Pourquoi ils ne sont jamais allés dans les ressorts réputés pauvres? », s’est interrogé un autre.
Au-delà de l’opportunité même de la mission, sa composition alimente également la polémique. Plusieurs analystes pointent du doigt des pratiques de népotisme. Selon les informations contenues dans l’ordre de mission, sur les 22 membres de la délégation, figureraient des proches ou membres de familles de certaines autorités judiciaires.

« Kolwezi, mamelle minière de la République. 22 personnes embarquées… La justice suprême du Congo ne rend plus le droit : elle organise des week-ends familiaux tamponnés, signés, facturés à la République », dénonce un analyste.
Ces critiques surviennent à un moment particulièrement sensible pour le secteur judiciaire congolais. En effet, 2 500 nouveaux magistrats, nommés par le Chef de l’État en 2025, demeurent à ce jour sans affectation à Kinshasa, malgré l’achèvement de leur formation. Originaires de toutes les 26 provinces du pays, ces magistrats sont censés renforcer l’appareil judiciaire et rapprocher la justice des justiciables, se retrouvent paradoxalement dans une situation d’attente prolongée.
Pour beaucoup d’entre eux, cette période d’incertitude se traduit par des difficultés financières croissantes, certains peinant même à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires dans la capitale. Cette situation soulève des interrogations sur la planification et la gestion des ressources humaines au sein du système judiciaire.
Par ailleurs, le silence persistant du Conseil Supérieur de la Magistrature quant aux raisons de ce retard alimente incompréhensions et spéculations. L’absence de communication officielle ne fait qu’accentuer le malaise, tant chez les magistrats concernés que dans l’opinion publique, qui attend des mesures concrètes pour garantir le bon fonctionnement de la justice.
La controverse relance plus largement le débat sur la gestion des ressources publiques dans le secteur judiciaire, ainsi que sur la transparence des missions officielles. Dans un pays où l’accès à la justice reste un défi majeur pour de nombreux citoyens, certains dénoncent un décalage entre les priorités institutionnelles et les réalités du terrain.
Dans la même veine, Me Carlos Ngwapitshi a interpellé le Ministre de la justice sur certaines pratiques observées au sein des juridictions :
« Etes-vous au courant que les cours et tribunaux de la RDC exigent aux justiciables les frais pour effectuer une descente sur terrain ? A quoi servent les frais de fonctionnement et d’investissement prévus dans le budget alloué aux cours, tribunaux et parquets, n’est-ce pas ce comportement s’apparente à la criminalité en col blanc ?… tout est donc organisé et banalisé dans ce pays », a-t-il dénoncé.
Alors que les critiques s’intensifient, cette mission du CSM au Lualaba apparaît comme un révélateur d’un malaise plus profond au sein de l’appareil judiciaire congolais. Entre soupçons de mauvaise gouvernance, accusations de favoritisme et indignation des praticiens du droit, la question demeure : cette initiative contribuera-t-elle réellement à renforcer la justice ou ne fera-t-elle qu’aggraver la crise de confiance entre les citoyens et leurs institutions ?~
La Rédaction
