Parquet général de Kinshasa/Matete : Willy Ndjoko passe le témoin à Roger Mavungu, une succession placée sous le signe de la continuité
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Après près de trois années passées à la tête du Parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa/Matete, le Procureur général Willy Ndjoko Kesidi a officiellement passé le témoin, ce jeudi 20 août 2026, à son successeur, Roger Mavungu Mavungu. Désormais Avocat général près le Conseil d’État, le magistrat quitte cet office avec le sentiment d’avoir accompli sa mission, laissant derrière lui plusieurs chantiers, dont la lutte contre le phénomène de spoliation foncière, communément appelé « foliomen ».
La cérémonie de remise et reprise s’est déroulée dans une atmosphère à la fois solennelle et chargée d’émotion. Dans la matinée, Willy Ndjoko Kesidi a reçu, pour la dernière fois, les honneurs dus à son rang dans l’enceinte du Palais de justice. Quelques heures plus tard, les mêmes lieux accueillaient celui qui aura désormais la responsabilité de conduire l’action publique au sein de ce parquet.
Roger Mavungu Mavungu a été reçu par son prédécesseur. Après un échange entre les deux hauts magistrats, place a été faite à la signature des procès-verbaux consacrant officiellement la remise et reprise. Une visite des installations du parquet a ensuite permis au nouveau Procureur général de prendre connaissance de certains des acquis laissés par son prédécesseur.
Parmi ceux-ci figure notamment le bureau d’archives, dont le système électronique permet de répertorier les dossiers classés entre 2012 et 2025. Un outil qui illustre la volonté de modernisation de la gestion judiciaire engagée au cours des dernières années.
Au moment de quitter ses fonctions, Willy Ndjoko Kesidi a affiché une certaine satisfaction quant au travail réalisé, tout en reconnaissant que plusieurs défis demeurent.
« Je sors du Parquet général de Kinshasa/Matete avec un sentiment de devoir accompli. Nous avons été ici pendant près de trois ans… nous avons essayé de donner le meilleur de nous-mêmes et nous partons avec un sentiment de satisfaction par rapport au travail que nous avons abattu », déclaré celui dont la lutte contre le phénomène de spoliation foncière aura constitué l’un des principaux marqueurs de son passage à la tête de cette office.
« La lutte contre le phénomène foliomen, c’est vrai que c’était notre cheval de bataille, mais nous sommes satisfaits en partie parce que ce n’est pas fini », a-t-il reconnu.
Conscient de la complexité du phénomène, Willy Ndjoko affirme avoir attiré personnellement l’attention de son successeur sur la nécessité de poursuivre le combat.
« Ce phénomène a beaucoup de ramifications et s’est vraiment enraciné. Nous avons fait ce que nous devrions faire et lui, il devra parfaire. Ça sera intéressant pour le bien de la population », a-t-il ajouté.
Le nouveau Procureur général de Kinshasa/Matete entend inscrire son action dans la continuité, mais avec une ambition plus large.
« Ce n’est pas seulement le phénomène foliomen. Nous devons lutter contre toutes les infractions, contre toutes les antivaleurs, mais l’accent sera mis là où la population se plaint le plus », a affirmé Roger Mavungu.
Conscient du poids de la charge qui lui incombe, le nouveau maître de l’action publique dans le ressort du parquet général de Matete promet de s’appuyer sur les magistrats placés sous son autorité pour faire face aux différentes formes de criminalité.
« La plénitude de l’action publique, ce n’est pas facile à porter. Avec les magistrats que j’ai à ma disposition, nous allons tout faire pour lutter contre toute la criminalité, que ce soit la criminalité foncière, la criminalité économique, et ainsi de suite », a-t-il assuré.
Pour le nouveau Procureur général, la finalité demeure de rendre justice et restaurer la confiance des justiciables dans l’institution judiciaire.
« Ce qu’on est venu faire ici, c’est de rendre justice à la population, de dire le droit. Les justiciables doivent attendre de nous la distribution de la justice et nous serons à leur écoute. Au lieu d’être nous-mêmes enfermés, nous allons ouvrir nos portes aux justiciables pour qu’on reçoive régulièrement leurs doléances, pour nous permettre d’améliorer notre travail », a-t-il déclaré.
Cette volonté d’ouverture constitue d’ailleurs l’un des axes annoncés de son mandat. Roger Mavungu entend faire du dialogue avec les justiciables un instrument d’amélioration du fonctionnement du parquet.
Au-delà de la portée institutionnelle de cette cérémonie, la passation de pouvoir entre Willy Ndjoko Kesidi et Roger Mavungu Mavungu revêt une dimension presque symbolique. Les deux magistrats partagent en effet une longue histoire professionnelle.
Ils ont terminé ensemble leurs études universitaires avant d’être nommés magistrats à titre provisoire par un même arrêté. Depuis, leurs trajectoires n’ont cessé de se croiser.
En 2013, Roger Mavungu avait notamment succédé à Willy Ndjoko au Parquet de grande instance de Lubumbashi. Treize ans plus tard, l’histoire semble se répéter ; il lui succède cette fois à la tête du Parquet général de Kinshasa/Matete. Une coïncidence qui donne à cette remise et reprise une tonalité particulière, comme si une boucle professionnelle venait de se refermer pour mieux en ouvrir une nouvelle.
Sous les applaudissements et dans une forte émotion, Willy Ndjoko Kesidi a finalement quitté les locaux du Parquet général de Kinshasa/Matete, appelé à exercer désormais de nouvelles responsabilités près le Conseil d’État. Il laisse à son successeur une institution engagée dans plusieurs chantiers, mais aussi des défis encore importants, notamment la lutte contre la spoliation foncière et les différentes formes de criminalité qui préoccupent la population.
Roger Mavungu, lui, ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Son premier défi sera de transformer les engagements exprimés lors de sa prise de fonctions en résultats concrets. La lutte contre les antivaleurs, la criminalité foncière et économique, l’écoute des justiciables, mais aussi la formation des jeunes magistrats récemment entrés dans le corps figurent déjà parmi ses priorités.
Joël Diawa
