Itinérance du ministre de la Justice à Lemba : quand une visite officielle devient un prétexte pour une campagne de dénigrement contre la Présidente du Tribunal de paix
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Le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, poursuit sa tournée d’itinérance à travers les cours et tribunaux du pays. Dans le ressort de la Cour d’appel de Kinshasa/Matete, après avoir visité les tribunaux de grande instance de N’djili, Kinkole et Matete, le patron de la justice congolaise s’est rendu, ce lundi 03 novembre 2025, au Tribunal de paix de Kinshasa/Lemba.
Une visite de travail destinée à évaluer les conditions de fonctionnement des juridictions, mais qui a malheureusement été détournée par certaines personnes mal intentionnées pour ternir l’image de la Présidente de cette juridiction, Madame Elysée Kanjingamba.
Une réalité difficile reconnue par le ministre
Sur le terrain, le Ministre d’État a lui-même constaté les conditions matérielles précaires dans lesquelles le Tribunal de paix de Lemba continue de fonctionner. Loin d’incriminer la direction de la juridiction, Guillaume Ngefa a, au contraire, salué la détermination, le sens élevé du devoir et les efforts constants fournis par la Présidente Elysée Kanjingamba pour assurer la continuité du service public de la justice.
Le ministre a particulièrement apprécié les initiatives locales de réhabilitation des infrastructures, menées avec des moyens limités, dans un contexte général de sous-financement du secteur judiciaire.
Une campagne de désinformation sur les réseaux sociaux
Malgré ces constats officiels, des individus animés par des intentions manifestement malveillantes ont choisi de ne retenir que l’angle négatif de la visite ministérielle. Sur les réseaux sociaux, une campagne de désinformation a été lancée, faisant croire à l’opinion publique que le tribunal serait mal géré, insalubre, voire menacé de déguerpissement, et que sa Présidente serait incapable d’assurer la gestion de la concession qui abrite la juridiction.
Des allégations infondées, selon plusieurs observateurs avertis du fonctionnement de l’appareil judiciaire, qui y voient une tentative délibérée de discrédit personnel.
Le prix d’un combat contre les violences basées sur le genre
Pour de nombreux analystes, Madame Elysée Kanjingamba paierait aujourd’hui le prix de son engagement ferme contre les violences basées sur le genre (VBG) et des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Déjà en 2023, elle et sa famille avaient été la cible de graves menaces après la publication d’un rapport dénonçant des réseaux impliqués dans ces crimes dans la ville de Bukavu.
Les conséquences furent lourdes : Tentatives répétées d’enlèvement de ses enfants, Kidnapping de son mari, libéré grâce à l’intervention de hautes autorités du pays, Menaces persistantes ayant plongé toute la famille dans une insécurité permanente.
Aujourd’hui la famille vie toujours dans une angoisse caractérisée par des appels téléphoniques anonymes avec menaces de mort, des visites diurnes et nocturnes des personnes non autrement identifiées souvent à la recherche de leurs enfants. Madame Kanjingamba et son mari vivent dans une psychose constante, le mari est même contraint de se déplacer régulièrement vers son village natal pour échapper à d’éventuelles représailles. Les enfants ont dû être envoyés aux États-Unis pour raison d’étude certes, mais aussi pour leur sécurité, tandis que la magistrate elle-même exerce ses fonctions dans une atmosphère d’angoisse, malgré son statut de Présidente de juridiction.
La sécurité des magistrats, un défi national
Cette situation remet au centre du débat la question cruciale de la sécurité des magistrats en République Démocratique du Congo, un problème loin d’être isolé. En juillet 2024, le Procureur de la République Baudoin Lukoki Matondo a été froidement assassiné à son domicile dans la commune de la N’sele, à l’est de Kinshasa. Sa maison avait été vandalisée, et les assaillants ont agi sans intervention des forces de l’ordre. Un crime qui avait suscité une vive émotion au sein de la magistrature et de l’opinion publique. La victime était également un magistrat engagé dans la lutte contre les violences basées sur le genre, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Elle a eu a effectué certaines missions dans la partie Est du pays. Certaines personnes laissent entendre que son assassinat aurait un lien avec le combat qu’il a mené dans la lutte contre ces crimes.
Un cri d’alarme de l’intersyndicale des magistrats
Face à cette insécurité grandissante, l’intersyndicale des magistrats avait dénoncé cet acte ignoble et appelé les autorités à prendre des mesures urgentes, allant jusqu’à réclamer l’autorisation pour les magistrats de se doter d’armes à feu afin d’assurer leur propre protection.
L’affaire du Tribunal de paix de Kinshasa/Lemba révèle non seulement les défis structurels de la justice congolaise, mais aussi les risques personnels encourus par les magistrats engagés. Instrumentaliser une visite ministérielle pour salir une responsable judiciaire déjà menacée pose une question grave : qui protège ceux qui rendent la justice ?
Joël Diawa
