Fabrication d’alcool frelaté : Le Député National Pacquis Nganini saisit le parquet pour démanteler les sociétés hors-la-loi
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En République Démocratique du Congo, plus particulièrement à Kinshasa, le phénomène de banditisme urbain, communément appelé ‘’kuluna’’, connaît une recrudescence inquiétante. Selon plusieurs observateurs, cette montée en flèche serait en grande partie liée à la consommation abusive des liqueurs locales connues sous le nom de ‘’supu na tolo’’ ou ‘’Zododo’’ produites par certaines sociétés, notamment indiennes, opérant parfois dans la clandestinité.
Face à cette situation alarmante, le Député national Pacquis Nganini Atabakutuba a saisi le Parquet Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete pour exiger l’ouverture d’une enquête « sérieuse et minutieuse » sur les activités de ces sociétés.
Dans sa correspondance, l’élu de Tshangu interpelle le Procureur Général sur la nécessité d’examiner le comportement de ces entreprises vis-à-vis des services publics de l’État, « tant en ce qui concerne le contrôle que ceux-ci sont sensés y exercer qu’en ce qui concerne le fait de s’acquitter des charges de l’Etat par le paiement des impôts et taxes ». Il souligne que l’aboutissement d’une telle enquête pourrait l’amener, en tant que représentant du peuple, « à initier une motion ou une question orale avec débat, pouvant déboucher sur une mission d’enquête parlementaire auprès des services publics concernés. »
Le député dénonce également la fabrication de ces boissons en violation flagrante des normes légales et sanitaires, avec l’utilisation présumée de matières premières périmées ou non conformes :
« Ces boisons seraient fabriquées non seulement en violation des normes établies par les textes légaux et règlements en vigueur mais aussi à base des matières premières périmées ou encore non recommandées, ce qui auraient des graves conséquences sur la santé des congolais, sans compter des nombreux dégâts que causes des personnes qui les consomment, particulièrement dans la délinquance juvénile et dans le phénomène Kuluna », alerte-t-il.
Pour étayer ses accusations, Pacquis Nganini s’appuie sur plusieurs rapports d’ONG nationales et internationales de défense des Droits Humains, ainsi que sur des témoignages crédibles affirmant que ces sociétés échappent largement au contrôle de l’État. « Elles cachent beaucoup de choses à l’État congolais », insiste-t-il.
C’est dans ce cadre qu’il demande au parquet de prendre des mesures conservatoires, notamment la suspension immédiate des activités de production et de commercialisation de ces boissons et l’interpellation des responsables des entreprises concernées, en attendant les enquêtes.
L’élu de Tshangu affirme par ailleurs avoir déjà entamé l’enregistrement des victimes de ces produits, preuves à l’appui, et se dit disposé à accompagner la justice dans cette démarche, voire à se constituer partie civile pour obtenir réparation au profit des victimes.
Il convient de rappeler qu’en 2023, le gouvernement provincial de Kinshasa avait ordonné la fermeture de deux des usines incriminées, notamment Prince Care et Afro American Industries, ainsi que l’arrestation de leurs responsables. Cependant, ces sociétés avaient rapidement repris leurs activités, sans qu’une enquête approfondie n’ait suivi. L’initiative de Pacquis Nganini apparaît ainsi comme une nouvelle opportunité pour endiguer ce fléau, à condition que la justice s’y engage avec rigueur et détermination.
Joël Diawa
