30 avril 2026

Tania Botamba : Le rêve d’un futur médecin brisé par un mariage forcé (Dossier de la rédaction)

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Rédaction: +243 817 406 088

C’est dans ce cadre que nous vous présentons dans cet article, l’histoire de Tania Botamba, orpheline précoce, une jeune femme dont la trajectoire et le rêve de devenir médecin ont été brisé par un mariage forcé.

Le 18 juillet 2009, Tania n’a que 17 ans lorsque son père décéda brusquement. Deux mois après cette disparition, elle est séparée de sa mère. Pour cause, une querelle d’héritage. Comme dans plusieurs familles africaines, la famille de son père confisque tous les biens du défunt soutenant cette spoliation par l’absence de reconnaissance légale de l’union conjugale entre ses parents.  Sa mère Mado Lobali contrainte de quitter la capitale embarque pour la province de l’équateur. Elle ne reviendra jamais. Un naufrage sur le fleuve Congo en décembre 2009 emporta tous les passagers de l’embarcation y compris Mado Lobali

Encore mineure à cette époque, Tania est prise en charge par son oncle maternel qui prend soin d’elle et veille à ce qu’elle termine ses études secondaires. Elle décrocha son baccalauréat en 2010 et son oncle l’inscrit à la faculté des médecines de l’Université de Kinshasa. Malheureusement elle échoue à deux reprises. Persévérantes, sa troisième  tentative lui vaut l’obtention d’un faible score, soit 54%. Un pourcentage insuffisant pour passer des promotions. Elle se réorienta vers l’Université Bel campus pour poursuivre son cursus, mais la situation économique du foyer s’est détériorée.

Employé chez Vodacom Congo, une société de télécommunication qui desserve toute la République,  l’oncle de Tania sera licencié dans les cadres d’un plan de réduction du personnel, ne pouvant donc plus subvenir aux frais académiques de sa nièce. Cette dernière est forcée d’arrêter ses études.

Déterminée à réaliser son rêve, Tania reprendra plus tard le chemin de l’Université en prenant une inscription à l’Université Chrétienne de Kinshasa où, elle atteint le niveau de médecin stagiaire entre 2019 et 2020.

Alors qu’elle s’apprête à entamer sa carrière pré professionnelle avec le stage d’une année à l’hôpital militaire Camp Kokolo, son oncle lui fait une annonce surprise et inattendue : « Tu es assez grande, tu peux désormais te prendre en charge. Sur ce, j’ai t’ai déjà trouvé un mari, tu es désormais une femme mariée ». Surprise Tania apprend que ces frais académiques ont été financés non pas par son oncle mais par un de ses amis,  un quinquagénaire au nom de Justin. Pire encore, « la dot aurait été payée à l’insu et sans consentement de Tania », apprend-t-elle.

Sans défense, surtout que, dans une société à tradition matriarcale où, la décision d’un oncle maternel est considéré   ‘’sacro-sainte’’, Tania se voit dans l’obligation d’aller vivre désormais dans la commune de bandalungwa avec son époux non consenti.

« Je n’avais jamais imaginé qu’ils avaient des plans sur moi », nous a-t-elle confié. Pour Tania aujourd’hui âgé de 29 ans ce mariage forcé avec un homme de cet âge est une ‘’violence morale insoutenable’’.  Mais elle n’a pas d’autre choix que de ménager dans son foyer où, le calvaire a commencé.

Justin se révèle ‘’possessif, autoritariste et obsessionnel’’. Il l’accompagne chaque jour jusqu’à son lieu de stage. «Il m’a réduit à un objet sexuel, quand je refusais, il me battait », témoigne Tania. Dans le silence elle endure ; seule, sa collègue de service devenue ami proche est au courant de cette situation. Celle-ci l’encourage tout simplement à supporter.

En décembre 2020, une rencontre inattendue bouleverse la donne. Lors d’un anniversaire organisé à l’hôpital, Tania croise Trésor, un jeune homme de l’entourage du copain de sa collègue.  Les échanges entre les deux personnes restent discrets. Par peur, elle les efface avant de retourner à la maison.

Trésor, alors employé dans une agence de voyage,  devient peu à peu une échappatoire pour Tania. Pendant le confinement de suite de la pandémie de COVID-19, alors que l’hôpital où travaille Tania comme stagiaire tourne au ralenti, ils multiplient les rendez-vous secrets, leur relation devient intime.

Tania tombe enceinte ; en janvier 2021,  des symptômes apparaissent. Justin, convaincu en être auteur, se réjouit.

Un soir, en rentrant du stage,  Tania trouve Justin en train de consommer un verre d’alcool. Il lui demande d’un ton glacial : « qui est l’auteur de la grosse ? » La vérité éclate. Justin a été informé par la prétendue amie intime de Tania. S’ensuit une violente scène. « Il m’a battu à mort ». « Il me promettait de me tuer et me faire avorter de force », relate-t-elle. Elle réussit à fuir.

Justin, une personne très introduite dans le régime Tshisekedi, est gardée par quelques militaires de la garde républicaine. Depuis sa cachette, Tania apprend que son mari a mis les moyens en jeu pour la retrouver. « L’un de ses gardes du corps qui m’appréciait beaucoup m’a envoyé le message selon lequel, Justin était à ma recherche et qu’en cas de ma capture, il pourrait me faire du mal pour l’avoir trompé et que rien ne pouvait l’arrêter même le Président de la République », nous a confié Tania depuis sa cachette.

Par peur de perdre sa vie et celle de l’enfant qu’elle porte dans son ventre, Tania Botamba est contraint de vivre dans la clandestinité d’où, elle a répondu aux questions de notre rédaction sans toutefois nous préciser son lieu de cachette. Elle invite cependant les organisations de défense des droits de l’homme et des droits de la femme à se saisir de son cas et que les autorités tant politique que judiciaires s’en saisissent également afin qu’elle puisse vivre paisiblement sa vie.

Par ailleurs, les informations recoupées, par le Journal Télévisé des Droits Humains confirment que Justin est un cadre influant de l’UDPS, parti présidentiel et qu’il fait partie des initiateurs de la force du progrès, une milice créée au sein de ce parti ; réputée pour sa violence et son agressivité.

Le mariage forcé demeure monnaie courante dans plusieurs parties de la République Démocratique du Congo. Certains parents obligent leurs filles à s’engager dans l’union conjugale avant d’atteindre l’âge de la majorité de 18 ans voir même sans consentement. Une pratique pourtant réprimée par la législation nationale et plusieurs conventions internationales ratifiées par la RDC. Le cas de Tania Botamba doit interpeller les autorités et les organisations de défenses des droits de l’hommes et des droits des femmes afin de renforcer la législation en la matière en la rendant plus coercitive et plus contraignante.

La Rédaction.

Cliquez ici pour accéder à la version anglaise:

Tania Botamba: The dream of a future Doctor shattered by a forced marriage (Editorial Report)

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